décembre 2022

Mastodon, le fédiverse et quelques premiers enjeux pour l’investigation numérique

3D visualization of the proposed Fediverse logo. (Eukombos, https://tinyurl.com/4swry4kn; CC BY-SA 4.0, https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.en)

Ce court billet vise à explorer les premiers enjeux que l’on peut évoquer pour les réseaux sociaux émergents (même s’ils existent depuis quelques années en réalité) qui constituent le fédiverse en matière d’investigation numérique. Beaucoup se sont déjà exprimés sur les questions de régulation des contenus, je n’y reviendrai pas, même si les ressorts sont similaires.

Quelques rappels sur le fédiverse.

Le fédiverse est une fédération d’espaces de publication (ou réseaux sociaux) reposant généralement sur des logiciels libres (exclusivement pour l’instant) et utilisant un protocole permettant l’interopérabilité par le rediffusion des activités entre les différentes plateformes. Le protocole majoritairement utilisé aujourd’hui est ActivityPub, officiellement publié comme recommandation du W3C le 23 janvier 2018.

Mastodon est le logiciel le plus couramment utilisé, mais il en existe d’autres du même type comme Pleroma. Ce protocole ActivityPub permet aussi de faire la passerelle vers d’autres modèles de publication d’informations que les microblogs comme la publication d’images (Pixelfed), de vidéos (Peertube qui repose sur une distribution pair à pair des contenus) ou d’événements (Mobilizon).

Applications et protocoles du Fédiverse

En pratique, on peut donc publier sur une plateforme des contenus qui seront accessibles dans les autres types d’applications (le rendu s’adaptera à l’application utilisée et bien entendu le client utilisé pour accéder au serveur et visualiser l’information), mais aussi suivre des comptes sur l’ensemble du Fédiverse. Par exemple, le présent blog WordPress est configuré avec une extension ActivityPub qui permet de le suivre sur l’adresse @ericfreyss@eric.freyssi.net.

Au-delà de ce premier niveau de fédération, chaque logiciel ne tourne pas sur un seul serveur, mais potentiellement sur autant de serveurs que d’initiatives individuelles qui le souhaitent. Ainsi utilisant Mastodon, on retrouve:

Plusieurs annuaires de serveurs sont disponibles: https://joinmastodon.org/fr/servers et https://instances.social/.

Enfin, dernier aspect qui me parait intéressant que j’évoquerai dans cette introduction: la multiplicité des clients. Même si sur Twitter on a pu connaître plusieurs clients, sur Mastodon en particulier c’est la règle. Le mode d’accès classique reste d’abord le site Web – qui peut être installé comme application Chrome/Chromium par exemple sur son PC ou son téléphone/tablette. Mais il existe aussi de nombreux clients, avec souvent la possibilité de se connecter à plusieurs comptes en même temps. J’utilise pour ma part Tusky sur Android et Sengi sur mon PC.

Enfin, plusieurs services suivent l’évolution des statistiques d’utilisation de ces plateformes. On peut citer https://fediverse.observer/stats, https://fediverse.party/, et le compte @mastodonusercount@bitcoinhackers.org qui publie toutes les heures une mise à jour:

Statistiques Mastodon (utilisateurs, serveurs)

Premiers points d’intérêt pour l’investigation numérique.

Bien entendu, il est probable que nous soyons amenés à conduire de plus en plus d’investigation numérique sur le fediverse, il y en a sûrement déjà un certain nombre malgré le relatif faible nombre d’utilisateurs actuels.

Tout d’abord, un petit détail technique. On a compris qu’il peut y avoir de nombreux serveurs et donc parler de Mastodon ou de Fédiverse n’amènera pas les enquêteurs (ou les spécialistes en collecte d’informations en source ouverte), vers une seule société, mais bien vers une multitude d’acteurs. Mais c’est évidemment la même chose pour tous les services classiques du Web décentralisé que l’on connaît. Le détail technique que je souhaitais évoquer est que l’adresse d’un compte du type @nomutilisateur@serveur.tld ne donne pas forcément le nom complet du serveur sur lequel le compte est hébergé. Ainsi pour le serveur académique francophone https://social.sciences.re/, les adresses sont de la forme @utilisateur@sciences.re. Astuce: pour accéder au serveur facilement, on peut utiliser le client Web Mastodon classique et d’un clic droit sur le menu contextuel on choisira l’option “Ouvrir la page d’origine”:

Dans la plupart des cas, on retrouvera une page d’information sur le serveur (“A propos” …/about/) qui décrit les règles de fonctionnement du serveur, donne des informations sur le/les gestionnaires, le nombre d’utilisateurs. On ne trouve pas encore à ce stade d’information de contact pour les services d’enquête. Parfois, ce pourra être uniquement le serveur de publication d’une entreprise ou d’une famille.

Il est aussi important de comprendre que dans la très grande majorité des cas, les serveurs sont gérés par des bénévoles, y compris leur modération. En tout état de cause, de la même façon que les services d’enquête et la justice sont au côté des utilisateurs des grandes plateformes, nous devrons relever le défi des réseaux sociaux décentralisés et nous adapter à cette réalité, qu’elle devienne la norme ou ne reste qu’une niche. A suivre et au plaisir d’échanger avec vous sur @ericfreyss@mastodon.social !